Sortir d’une relation d’emprise

La relation d’emprise

Nous l’avons précisé dans l’article précédent, la relation d’emprise parasite l’activité psychique de la victime en infiltrant ses pensées et en les remplaçant par des productions qui ne sont pas les siennes.

Dans son article Emprise et violence dans le couple (2012), L. Daligand  décrit la victime comme une personne « hors représentation des signifiants de son être […] l’emprise se fait là où ça pense et non là où ça parle ». Autrement dit, celui qui use de son emprise infiltre l’esprit de sa victime et répand des pensées et des images qui court-circuitent la communication langagière.

Sortir d’une relation d’emprise suppose la réappropriation du langage par celui qui est chosifié et relayé au rang d’objet malléable. Parler c’est prendre de la distance avec la passion, la possession, la jalousie et la violence physique et psychologique de l’emprise.

La rencontre avec le langage

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La fonction du langage est décrite par S. Freud (1938) comme la possibilité qu’a l’Homme de se détacher de la réalité immédiate pour s’ouvrir à une conscience du monde plus élaborée. En effet, le recours au langage consiste en un acte symbolique qui transforme la violence des pulsions en un signifiant porteur d’altérité. A sa façon, J. Lacan se penchera également sur la spécificité de l’homme qui est un être prédisposé à l’instance du langage, l’individu est un être de langage et le langage l’a fait humain !

Daligand insiste sur la nécessité, pour la victime, de retrouver l’ensemble de ses manifestations et de ses exigences intimes :

« La croyance en soi, la particularité de son histoire, l’originalité de son expression. Toutes les particularités d’une personne vont se manifester dans le choix de ses mots et leur mise en place dans l’originalité de son style »

3127111603_1_3_NXDo3HpRReprendre possession de soi nécessite la rencontre avec le langage, sa propre parole mais aussi celle de l’autre avec lequel un échange est possible. Car la parole est quelque chose qui se partage et se co-construit dans une relation, la rencontre langagière ouvre au respect de l’autre et de soi-même.

Faire usage de la parole c’est se donner la possibilité de dire « non » et de se différencier avec l’autre, c’est refuser ce qui ne nous correspond pas ou plus du tout, parler c’est désirer des aspirations pour soi, c’est se protéger de l’emprise qui transforme l’être humain en un objet consommable.

Ainsi, la victime d’une telle relation d’emprise doit reprendre le goût au langage et retrouver un partenaire de discussion avec lequel il sera possible de parler et d’être respecté.

Enfin, concluons cet article par une citation empruntée à L. Daligand, l’autre avec qui parler…

« n’est pas forcément un psychothérapeute, ce que peut être un membre actif d’une association, une amie, un policier, un gendarme, un avocat, un travailleur social. Mais, plus que la fonction qu’il occupe, ce qui va être important c’est son calme, sa patience, son écoute, le respect des silences, sa prudence dans les réponses, sa volonté de ne pas vouloir convaincre ».

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