L’emprise psychologique dans la relation à l’autre

Il existe chez chacun d’entre nous un instinct de possession avec des degrés variables d’emprise, cela nous permet entre autres de tisser des liens avec les autres, tout en respectant le désir d’autrui.

L’emprise : le refus de l’altérité

Mais, au sens figuré, le terme « emprise » correspond à un mode très singulier d’interaction entre deux personnes. Lorsqu’il y a une emprise exercée d’un individu sur un autre, le dominateur réduit son partenaire en un objet malléable privé de liberté. Progressivement, il s’empare de l’esprit de sa victime et satisfait ses propres désirs.

Assouvir son emprise sur autrui, c’est refuser l’altérité et se rendre maître de l’autre qui est chosifié et dénié dans sa singularité. L’être humain réduit au simple statut d’objet n’a plus le droit de penser par lui-même, son appareil psychique est vidé de sa substance puis colonisé par des pensées et des désirs qui ne sont plus les siens.

Toutefois, l’empiétement d’un individu sur un autre n’est pas seulement psychologique mais s’exerce également sur le plan physique par des violences et des abus sexuels qui martyrisent le corps et inhibent la victime.

 

Marquer la victime dans son corps et dans son esprit

pervers-narcissique-manipulateur-2_4768329Dans son article Emprise et violence dans le couple (2012), L. Daligand décrit « une force qui vise à couper ce qui lie la tête au corps de la victime […] la tête est emplie par les injections des discours du dominateur, par ses attitudes présentes ou remémorées, par ses actions répétées. Ce ressassement d’idées toujours identiques rend difficile toute production personnelle et originale de pensées ».

Ainsi, le dominateur renforce l’emprise sur l’objet en le marquant dans son corps et dans son esprit. Dans l’article Le désir d’emprise (1992), R. Dorey détermine trois caractéristiques données au mot « emprise » :

  • Appropriation par dépossession de l’autre
  • Domination
  • Empreinte, l’appropriation-domination ne pouvant s’exercer sans qu’il en résulte l’inscription d’une marque : « Celui qui exerce son emprise grave son empreinte sur l’autre ».

 

Dorey précise son propos et parle d’une « relation d’emprise » en la définissant comme ceci :

« Dans la relation d’emprise, il s’agit toujours et très électivement d’une atteinte portée à l’autre en tant que sujet désirant qui, comme tel, est caractérisé par sa singularité, par sa spécificité propre. Ainsi, ce qui est visé, c’est toujours le désir de l’autre dans la mesure même où il est foncièrement étranger, échappant, de par sa nature, à toute saisie possible. 

L’emprise traduit donc une tendance très fondamentale à la neutralisation du désir d’autrui, c’est-à-dire, à la réduction de toute altérité, de toute différence, à l’abolition de toute spécificité ; la visée étant de ramener l’autre à la fonction et au statut d’objet entièrement assimilable »

 

Emprise séductrice et emprise destructrice

La relation d’emprise selon R. Dorey se présente sous deux formes :

  • une emprise séductrice utilisée par le pervers, ici le désir de l’autre est capté puis dérobé à son insu, l’emprise du pervers le place en position de savoir
  • une emprise destructrice, l’autre est asservi violemment puis est progressivement dépossédé de lui-même, l’emprise du dominateur le place en position de pouvoir sur l’autre

Ainsi, la relation d’emprise s’exprime soit par l’appropriation de l’autre (de son désir, de ses pensées, de son corps, de sa liberté), soit par la destruction violente de ce qu’il représente en tant qu’individu.

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