L’empathie dans la psychanalyse 2nd partie

Cette seconde partie fait suite au débat proposé par France Culture autour de la question de l’empathie dans la psychanalyse. Voir la première partie du débat.

Est­-ce que le patient doit sentir que son psychanalyste comprend ce qu’il ressent ? 

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S. Tisseron affirme qu’il est nécessaire que le psychanalyste puisse ressentir ce que ressent l’autre tout en comprenant que son ressenti n’est pas forcément l’outil absolu pour comprendre ce que ressent l’autre. C’est ce va­et­vient entre le fait de mieux ressentir pour mieux comprendre mais aussi de mieux comprendre pour mieux ressentir. Il faut se méfier de l’empathie émotionnelle quand elle n’est pas complétée par un effort de compréhension de la différence qui existe entre l’autre et soi.

Pour L. Kahn il est important de définir ce que l’on entend par « être compris ». L’analyste doit tout mettre en oeuvre pour entendre la couche perceptible immédiatement consciente, la plainte douloureuse et en même temps la fonction de cette couche de surface. Comprendre le patient pour le psychanalyste, c’est suivre une part de soi qui est orientée vers la compréhension des sources qui impulsent la plainte du patient.

L. Kahn précise que la haine farouche éprouvée pendant l’analyse, au sein même de la relation transférentielle, est à distinguer de la douleur qui se mesure à l’aide d’une grille d’interprétation. Ainsi, le seul matériau pour l’analyste c’est ce qui se déroule entre lui et son patient, c’est la part la plus obscure qui se déroule à l’intérieur même de la relation.

Si le psychanalyste adopte une position de réconfort au moment où il y a une demande de la part du patient, il ne pourra pas accepter la souffrance et tolérer lui ­même la violence du transfert négatif, c’est à dire l’exposition d’une zone haineuse qui n’a pas trouvé sa cible. Autrement dit, répondre immédiatement à la demande de réconfort du patient bloque l’investigation de cette couche immédiatement accessible en séance.

Est­-il possible alors que le patient ne revienne pas la fois suivante ? L. Kahn décrit l’équilibrage économique de chaque séance qui est un enjeu majeur pour l’analyste, c’est à dire faire en sorte que le pire puisse se déployer sans pour autant répéter les blessures de l’enfance. Il y a là un équilibrage compliqué qui est l’art même de l’analyse mais qui n’est pas seulement une affaire de réconfort. Le réconfort peut être pris par le patient comme une tentative de l’analyse d’éviter l’attaque.

S. Tisseron évoque le regard de l’analyste en réponse aux vécus douloureux de son patient, ce regard peut être une façon de soutenir et de comprendre l’autre. Le transfert ne s’interprète pas quand il fonctionne positivement mais se dévoile lorsque la clinique du négatif apparaît, l’analyste doit alors s’en saisir et interpréter la qualité de la relation. Toutefois, il rappelle qu’on ne peut exprimer son vécu douloureux et des émotions négatives que si on a l’impression d’avoir un interlocuteur qui est sensible pour entendre le négatif et le positif.

Et si on remplaçait l’empathie par le « tact » ?

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Qu’est ce que le tact ? C’est « la faculté de sentir avec ». L. Kahn suggère que l’empathie est à peine un changement de vocable. Cette notion de « tact » est définie par S. Ferenczi et vient se placer tout comme l’empathie dans la sphère préconsciente. Le tact est un outil de la conscience et en aucun cas cela ne donne accès à la part inconsciente de l’individu. Le psychanalyste doit faire l’effort d’appréhender l’influence de la parole du patient sur sa sensibilité inconsciente, il doit s’auto­analyser afin de repérer, dans cette activité hyperformative du langage à l’intérieur de la séance, ce qui est dit, ce qui est senti consciemment et puis ce qui est fait et que l’on ne sait pas.

S. Tisseron ajoute enfin qu’il ne faut pas seulement ressentir ce que le patient ressent, mais entrer dans ce que le patient ressent. Il rejoint son explication précédente concernant la position allocentrée, soit le fait d’appréhender ce que l’autre ressent tout en gardant à l’esprit que cette impression des sens est peut­être trompeuse et qu’il est nécessaire d’en savoir un peu plus sur l’autre. Cet intérêt pour l’autre permet ainsi de savoir si ce que je crois qu’il ressent est vraiment ce qu’il ressent.

S. Ferenczi avec la notion de tact est vraiment au plus proche de ce que peut­être l’empathie dans sa forme complète, une forme qui n’est pas seulement émotionnelle mais qui intègre une fonction cognitive, c’est­ à­ dire l’effort de comprendre les différences de l’autre parce que si l’empathie est uniquement affective elle confine à l’échec, car il ne faut pas toujours se fier à son intuition.

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